| Ces derniers jours, deux écoles de Voiron ont changé de nom : l’école de Criel, devenue « l’école de Criel Victoire Daubié », puis l’école du Faton, rebaptisée « École du Faton Mélina Robert-Michon ». Deux femmes aux parcours remarquables, choisies pour inspirer les élèves, et on ne peut qu’applaudir ces choix. Deux cérémonies mises en scène avec beaucoup de lyrisme, de discours emphatiques et de déclarations sur l’égalité femmes-hommes. |
Après dix années de mandat, la soudaineté de cet engagement affiché interroge. Car dans le quotidien de la ville, l’égalité n’a jamais été une priorité municipale. Pas de prise de position lors du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes ; aucune politique structurée ou continue ; très peu d’actions de visibilité dans l’espace public ; des propos sexistes tenus en conseil municipal.
Alors que des associations du territoire travaillent concrètement sur ces enjeux, la Ville reste distante, parfois absente, et ne s’investit ni dans la prévention, ni dans le soutien, ni dans la sensibilisation. Les noms de femmes dans l’espace public de Voiron sont rares. Cette rareté n’est pas anecdotique.
Les enquêtes menés par le collectif HF notamment, qui travaille sur la place des femmes dans l’espace public et culturel, montrent depuis des années à quel point l’invisibilité symbolique nourrit l’inégalité réelle. Quand les rues, les équipements publics, les lieux de mémoire ne portent presque jamais de noms de femmes, cela délivre un message : l’histoire serait masculine, la création serait masculine, l’espace public appartiendrait d’abord aux hommes. Nommer, c’est reconnaître ; et reconnaître, c’est rendre possible la projection, l’identification, la légitimité. Une ville qui veut être inclusive doit donc agir sur ces symboles autant que sur ses politiques concrètes.

Dans ce contexte, il est difficile de ne pas voir dans les inaugurations récentes un geste de communication davantage qu’un engagement profond. Victoire Daubié et Mélina Robert-Michon méritent mieux qu’un rôle de décor. La première, pionnière de l’émancipation féminine, première femme bachelière, combattante pour l’accès à l’éducation. La seconde, athlète exceptionnelle, figure de persévérance et de talent, enracinée dans ce territoire. Toutes deux incarnent des trajectoires inspirantes, mais leur héritage ne peut pas servir à masquer l’absence d’une politique municipale ambitieuse en matière d’égalité.
Renommer une école est un acte important, mais il ne peut être isolé. L’égalité ne se décrète pas au détour d’un discours en fin de mandat ; elle s’accompagne d’une stratégie plus large pour l’égalité et la visibilité des femmes dans la ville. Elle demande des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes, des actions régulières, de la formation, de la visibilité, un soutien concret au tissu associatif, une prise de parole politique constante, et une volonté affirmée de faire de Voiron une ville réellement inclusive.
Voiron en Commun porte cette ambition. Nous voulons une ville où les mots sont suivis d’actes, où les figures inspirantes ne sont pas seulement convoquées lors des cérémonies, mais éclairent des choix politiques assumés. Une ville où l’égalité femmes-hommes n’est pas un élément de communication, mais un cap durable. Une ville inclusive, qui reconnaît les injustices, qui agit pour les réparer, et qui s’engage sérieusement dans la lutte contre toutes les formes d’inégalités.
Une inauguration ne suffit pas à changer la réalité ; un travail de fond, oui.
